Roman scout ?
Mise à jour le Lundi, 10 Mai 2010 12:41 Écrit par Fr Yves Combeau o.p. Lundi, 10 Mai 2010 11:54
Le tome III des aventures de Guillaume le CP est terminé ! Ce qui m'a donné l'occasion de réfléchir un peu en écrivant.
Les deux premiers tomes ont rencontré des critiques positives (merci, merci) et quelques critiques négatives (une, en fait). C'est normal. Les auteurs détestent les critiques négatives, mais telle est la règle du jeu. Pour être objectif, j'ai essayé de trier. Et cela donne ce qui suit.
1) On peut critiquer sur le style, sur la construction, bref sur la technique. C'est ce que fait mon éditeur le premier... Ces critiques sont toujours bienvenues. Tout auteur peut progresser. J'ai des faiblesses techniques, quelques-unes que je vois, d'autres que je ne vois pas.
2) On peut dire qu'on n'aime pas. Le goût est personnel, mais il est loisible de l'exprimer. Tenez : j'aime Péguy et je n'aime pas Mauriac, j'aime Morand et je n'aime pas Cendrars, et ainsi de suite. Mon goût n'est pas toujours cohérent (Péguy, l'auteur le plus lent du XXe siècle français ; Morand, le plus rapide...), mais voilà, c'est ainsi. Dans le roman scout, il y a des auteurs que j'aime (Foncine, d'Izieu, Leprince) et d'autres qui me barbent.
La personne qui a détesté mes romans est-elle même auteur de romans scouts. Je n'aime pas ses romans, mais je dois convenir qu'ils ont du succès, qu'ils sont écrits avec soin, très bien illustrés, bref qu'ils ont beaucoup de qualités. Un auteur peut être critique d'un autre auteur, et même un critique pertinent. Encore un fois, c'est une question de goût. C'est ainsi qu'on compose un "paysage" littéraire varié et riche.
3) Mais ce qui m'a plus qu'agacé, c'est que la critique a porté sur le scoutisme que je mettais en scène et sur le fait même que je le mettais en scène. Je m'explique. Les aventures de Guillaume sont les aventures d'un grand scout (seize, dix-sept ans), écrites pour des grands. Autant dire qu'on est assez loin de la comtesse de Ségur. On y trouve de la bagarre, des sentiments violents et contradictoires, de l'esprit chevaleresque exprimé parfois de façon brutale, mais aussi du mauvais esprit. Quand ça cogne, ce n'est pas toujours très élégant. Quand on se réconcilie, c'est sincèrement, mais sans jolis discours (un adolescent est singulièrement malhabile aux discours...).
La critique a donc pris deux formes : a) ça n'existe pas ; b) ça existe peut-être, mais il ne faut pas l'écrire.
La forme a) est stupide. Ou bien le critique a vécu un scoutisme fictif. Quiconque a été scout sait que les scouts sont nobles et brutaux, généreux et maladroits, remplis d'idéal et hésitants à exprimer cet idéal, bref, pleins d'élans et de contradictions. C'est cela qui m'intéresse : le progrès du véritable esprit scouts dans des personnalités adolescentes qui sont ce qu'elles sont, avec leurs limites et leur richesse. On ne fait pas des saints avec des garçonnets d'images pieuses, mais avec de vrais garçons. C'est du bon sens éducatif et spirituel.
La forme b) est plus intéressante. Le sous-entendu est que le roman scout est un genre à vocation éducative, et que pour atteindre son but, il doit idéaliser la réalité. Qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire. Qu'il faut embellir pour exhorter.
Ma foi...
Ma foi, non. Je ne le crois pas. Le mensonge pieux reste un mensonge. Il y a effectivement un certain nombre de choses qu'il convient de ne pas dire, parce que le lecteur habituel du roman scout n'est pas un adulte. Et il est avéré que le lecteur adolescent s'identifie aux héros dont il lit l'histoire. Mais l'identification à un héros idéal est dangereuse, parce qu'elle ne prépare pas à affronter les contradictions dont est faite toute identité réelle. Trop de (pieuse) fiction risque de faire aspirer à une vie (pieusement) fictive. C'est ce dont Foncine était persuadé comme auteur (et on l'a sévèrement critiqué) et ce dont Joubert était persuadé comme illustrateur (et il a souffert parfois de ne recevoir de commande que de dessins idéaux, parfaits, purs).
Lorsque j'ai commencé d'écrire, je voulais donner un témoignage. Un témoignage véridique. La vérité a sa vertu propre. Elle porte ses leçons propres. Si des scouts et des guides de dix-sept ans pouvaient lire mes romans, s'y reconnaître et reconnaître leur quête d'idéal au travers d'une réalité à la fois triviale et superbe, mon but serait atteint.








Commentaires
Mais oui, le problème majeur évoqué dans le tome II trouve sa solution.
Indice : ce tome III sent nettement la bouse de vache et la gentiane… (C'est nul comme indice, hein ?) Reply | Citer | Citer