Anthropologie du scout de base 2

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Ou comment l'homme des cavernes est toujours présent chez nos chères têtes blondes

 

J'avais promis la suite de mes petites cogitations sur les constantes anthropologiques présentes dans le quotidien du scout, spécialement à partir des modification spontanées et inextirpables de l'uniforme. Les voici...

 

3) se sont des marques d'opposition transitionnelle. Ici, je vois le lecteur blêmir. Meu non, c'est très simple. Pour s'affirmer comme personne, le jeune homme doit passer par une phase d'opposition à l'autorité. Quelle que soit celle autorité. Dans une civilisation primitive ou l'autorité est celle du groupe, justifiée par le fait que nul ne survit seul dans la jungle ou la brousse, cette phase consiste donc à quitter le groupe et à affronter seul les éléments jusqu'au seuil ultime, qui est la mort : soit par une mise en danger réelle (tribus nord-américaines), soit par un comportement symbolique quelconque. Au retour, celui qui est devenu homme réintègre le groupe, mais parce qu'il le veut : c'est en ceci qu'il est volontairement, activement membre du groupe qu'il est un homme, et non plus un enfant.

Dans le scoutisme, l'autorité est le chef, mais aussi et surtout les règles communes du mouvement, que le chef invoque pour justifier ses propres ordres en ce qui concerne la tenue. La conséquence est logique : nos hommes des cavernes en culottes courtes s'affirment hommes en refusant la discipline commune de la tenue. Le même gars qui accepte très bien l'autorité concrète de son chef dans l'action immédiate - disons : pour jeter un pont sur une rivière - récuse fermement et obstinément l'autorité molle et puissante à la fois du mouvement, autorité ultime quant à la tenue. Plus les règles d'un mouvement ont d'autorité sur la tenue, plus ses membres sont tentés de s'opposer. Un exemple ? Le coup de gueule annuel des commissaires-à-certitudes sur la tenue des routiers FSE à Vézelay... On en entend, sous les tilleuls de l'esplanade...

L'amusant est que le même gars qui porte un quatre-bosses à la FSE ou coupe son foulard aux SGdF s'intégrera à la perfection dans les règles vestimentaires d'une autre tribu, et portera par exemple une jacquette impeccable au mariage de son cousin...

 

Et pour finir sur ce thème inépuisable, en retour sur un autre élément anthropologique auquel j'ai fait allusion ailleurs :

 

4) ce sont des protestations métaphysiques. Ouille, mon lecteur verdit, à présent. Allons, allons,  je vais expliquer.

Une charmante mode du scout de base parisien cuvée 2010 est le coutelas de chasse de trente centimètres de long accroché à la ceinture. Ou à un ceinturon militaire qu'on passe par-dessus la ceinture. En quoi ce poignard est-il métaphysique ?

Eh bien ! C'est évident. Parce qu'il ne sert à rien. Ni à couper des arbres (avec un couteau ?) Ni à se frayer un chemin dans les ronces (mieux vaudrait une machette). Ni à découper du gibier (que le scout ne chasse jamais). En somme, il ne sert jamais. Sauf à des usages tout à fait marginaux : défoncer une boîte de conserve quand cet étourdi d'intendant de patrouille a encore oublié l'ouvre-boîte et surtout (honte !) à manger. Le beau couteau, le long couteau sert bêtement de cuiller. Pour les raviolis.

Pourquoi, dans ce cas, ne pas emporter un ouvre-boîte et une cuiller en alu ? Parce que le coutelas, si long et si dangereux, qui pend le long de la cuisse, outre la fonction symbolique virile que j'ai dite à propos du foulard, en a une autre : il coupe, il perce, il fait saigner, il peut tuer. Il symbolise la vie et la mort. La vie et la mort sont des questions métaphysiques.

Or, et c'est bien dommage, alors que la vie et la mort préoccupent les adolescents qui les découvrent en même temps qu'ils découvrent la souffrance, on ne leur en parle jamais. Pourquoi, à votre avis, un adolescent regarde-t-il des films d'horreur, explose des martiens virtuels et couvre de sang verdâtre l'écran de sa console de jeux, parle de Viêt-Nam pour désigner une bataille au foulard ? Parce qu'il devient un homme et qu'un homme doit affronter ces questions. Mais on les en protège. On évite. La prédication catholique semble éviter ces questions au point de ne jamais aborder la résurrection, celle du Christ et la leur. Pourquoi ? L'école, la société font de même. On ne veillit pas, on ne meurt pas. Même à l'hôpital, la mort semble taboue. Le scout de base, inconsciemment, proteste contre ce tabou. Il veut qu'on rende compte de sa découverte, il veut apprivoiser la mort (même si c'est impossible), il veut sentir le poids de la vie. Il l'a contre lui, il l'a sur sa cuisse, c'est son poignard.

Le poignard, c'est le goût de la vie. Mal dirigé, ce goût peut devenir malsain. Bien compris, il peut inciter les éducateurs à avoir l'audace et l'intelligence de partager leur propre goût de la vie, leur propre appréhension (au sens de compréhension) du sang, de la souffrance, du plaisir, de la mort, de la vie, de l'espérance de la résurrection. Rien moins.

 

De sorte que l'anthropologie débouche sur les fondements de la religion.

Et, inversement, qu'une pastorale qui éviterait les fondements anthropologiques du jeune risque à coup sûr d'échouer...

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