Petites questions polémiques sur la mixité dans le scoutisme

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Les questions que je vais poser pourront paraître polémiques. Mais d’abord, c’est mon blog, et ensuite, ce ne sont pas des questions issues de positions de principe, mais des questions nées de constats effectués en ce moment, 2010, dans un lieu donné, Paris.

 

Le point de départ est le suivant : à Paris, il existe trente-cinq groupes S. G. d. F. Certains très importants, d’autres tout petits, certains en bonne santé, d’autres quelque peu anémiés. Or un pointage statistique donne un double constat :

1. — Les groupes qui sont nombreux ne sont pas mixtes.

2. — Les groupes qui sont mixtes, souvent, se féminisent, maîtrises et jeunes. C’est-à-dire que les garçons se raréfient jusqu’à en disparaître.  

Naturellement, ce constat n’a de valeur que statistique. Et je compte sur la bienveillance du lecteur pour m’accorder que mes calculs sont exacts.

 

Mais cela étant posé, voici les questions :

1. — La mixité chez les S. G. d. F. est normalement tempérée par une vie en équipes non mixtes, avec des temps différenciés. En fait, dans une unité petite (moins de dix enfants), il n’est pas possible de distinguer des équipes. C’est le cas de beaucoup de postes. Faut-il donc admettre qu’on est passé à la mixité complète ?

2. — Sauf exception, le garçon préadolescent et jeune adolescent n’est pas au même stade de maturation que la fille au même âge ; à la différence des sexes d’ajoute donc un clivage de préoccupations, d’enthousiasmes et de jeux. Comment tenir l’unité de la troupe 12-14 ans dans ce cadre ? Que devient le concept de « fraternité » avec de tels contrastes ?

3. — La féminisation des unités tendrait-elle à montrer qu’une majorité de filles tend mécaniquement à « chasser » la minorité de garçons ? Il me semble que oui. N’observe-t-on pas le même phénomène dans les aumôneries, l’A. C. E. et autres groupes d’adolescents ? Sans parler des professions qui, semblablement, se féminisent ?

4. — Comment un garçon adolescent et grand adolescent se comporte-t-il avec une cheftaine (de troupe, de poste) ? Quel rapport à l’autorité, sachant que, même si le terme en usage chez les S. G. d. F. est désormais « animateur », il y a bien, au moins à certains moments, des rapports d’autorité ?

5. — Si, comme je le crois en fait, les rapports d’autorité de cheftaine à garçon et de chef à fille sont possibles et même très intéressants (et réciproquement, je pourrais poser toutes sortes de questions sur les rapports d’autorité de chef à garçons dans les troupes unitaires), les chefs et cheftaines S. G. d. F. n’éprouvent-ils pas des difficultés à passer d’un comportement à l’autre, c’est-à-dire de passer de la fille au garçon ?

6. — Si donc la mixité est un pari intéressant, stimulant, elle est aussi un pari difficile. Est-ce là l’explication de la particularité statistique que j’ai signalée, que les groupes les plus nombreux sont ceux qui ne sont pas mixtes ?

7. — Les nouveaux systèmes de représentation (peuplade, tribu, caravane) ont été pensés en fonction de la mixité. Dictés à partir d’un programme de progression, ils sont complexes. Comment fonctionnent-ils avec la psychologie du garçon, qui a souvent besoin (au moins jusqu’à quinze ans) de systèmes de représentation simples où il cherche une identité de substitution ?

 

8. — Pour finir, question en retour pour les unitaires, c’est-à-dire F. S. E. et S. U. F. N’est-il pas temps, au-delà de dix-sept ans, d’explorer les défis et les apports d’une certaine mixité, aussi bien dans le service que dans l’aventure ? Je sais bien que je mets les deux pieds dans un plat, mais…

 

Commentaires 

 
0 # Jean-Marie 2010-04-10 16:59 Bonjour !

Voilà une approche intéressante. Je suis adhérent de l'AGSE, et je partage cette impression quant à la mixité trop forte quand trop mélangée…
A noter que (pour la question en retour) dans l'AGSE, si les Feux & Clans sont homogènes (= non-mixtes), les Equipes Techniques Nationales, qui doivent rassembler quelque 15% (?) des aînés à elles toutes, sont mixtes. Leur rôle de service et de formation est bien adapté à la pédagogie aînée.
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0 # yves 2010-04-13 15:44 En effet, vous avez raison, les ETN sont mixtes. Voilà une intéressante application de ma suggestion. Je pourrais ajouter que les maîtrises de groupes SUF sont, d'une certaine façon, mixtes, puisqu'un même groupe comprend les unités filles et les unités garçons. Mais je pensais aux plus jeunes : 17, 18, 19 ans. Reply | Citer | Citer
 
 
0 # Joachim 2010-04-30 20:54 Bonjour !

je lis votre blog pour la première fois, et je dois dire que c'est stimulant !
Ah ! la mixité, "coéducation", "unité hétérogène", etc. Vaste programme en effet. J'ai sur le sujet un double regard, puisque scout et pionnier dans une unité non mixte, puis chef de troupe puis caravane (ex poste) coéduqués aux SGDF. Très méfiant comme jeune, j'ai appris à comprendre l'intérêt de a proposition (puisqu'il ne s'agit pas d'une doctrine, encore moins d'un impératif).
Les jeunes qui ont grandi côte à côte dans la mixité vivent une véritable fraternité, je peux l'affirmer, et il me semble que les garçons qui se construisent leurs représentations du monde en tirent avantage !
Pour ce qui est de l'autorité, je constate qu'une confiance toute particulière peut s'établir entre une cheftaine et le garçon, qui évite souvent les excès ou les embarras des relations chef/garçon…

Merci !
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0 # Pascal 2010-05-01 07:42 Très intéressant. C'est ce que j'ai pu constater en effet sur place dans le scoutisme et en tant qu'enseignant (le collège où j'enseignais étant devenu mixte). Cela me rappelle les réflexions d'un ami aujourd'hui disparu, ancien membre de l'EN Scouts de France, et membre des Compagnons de Baden-Powell qui se rendait souvent en Suède invité par le Roi à des rencontres scoutes. Il y avait pu constater qu'au fur et à mesure dans les unités plus âgées qui étaient presque toutes coéduquées les filles avaient chassé les garçons et que les activités étaient devenues ce que les anglo saxons qualifient de "sissy". En tout cas quand je revois mon ancien groupe en grande banlieue qui comptait près de 400 membres à la fin des années 70 repartis en 14 unités qui adopta la coéducation au milieu des années 80 la situation actuelle est préoccupante, effectif presque réduit au tiers une quinzaine de pionniers/caravelles alors qu'on en comptait près de cinquante. Reply | Citer | Citer
 
 
-1 # fr Yves 2010-05-10 14:48 Pascal et Joachim, vous réagissez tous deux de l'intérieur du même mouvement et dans deux sens différents. Voilà qui est très intéressant ! Ce caractère expérimental de la pédagogie SGdF, s'il est bien vécu comme tel (c'est-à-dire sans idéologie), est un de ses aspects les plus passionnants. Inversement, la solidité de la méthode unitaire et non-mixte peut conduire à de la routine. Tous les mouvements ont, pour moi, à travailler sur la compréhension par les chefs et cheftaines de leur propre pédagogie, de ses motivations, de ses effets… Reply | Citer | Citer
 

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