Que faire des aînés des troupes ? (troisième partie)
Mise à jour le Samedi, 13 Février 2010 15:27 Écrit par Fr Yves Combeau o.p. Samedi, 13 Février 2010 15:22
Les raiders ont officiellement disparu des documents S. d. F. à la fin de 1963. En réalité, le ralentissement était sensible depuis 1956, pour des raisons diverses. La nouvelle équipe nationale, celle de François Lebouteux, n’a pas voulu supprimer les raiders, encore moins les désavouer. Lebouteux lui-même était un chef raider. La réforme de 1964 ne s’est pas faite contre les raiders.
Mais il existait cependant, depuis le début, une opposition aux raiders. Épidermique dans certains cas, plus raisonnée dans d’autres. Passons sur l’esthétique — on peut préférer les quatre-bosses au béret vert — et voyons les raisons.
D’abord, et malgré la volonté de Menu, l’accent mis sur les aînés, leur progression, leur entraînement, tend à laisser à la traîne les plus jeunes. Ils peuvent vouloir imiter : ce n’est pas à douze ans qu’on monte sur une moto. Dans certains cas (rares), les troupes se mettent à vieillir et à devenir des troupes d’aînés, comme la 102e Paris (Fénelon) qui a poussé loin et longtemps cette dérive. Certes, une maîtrise expérimentée se rappellera qu’elle une troupe d’âges variés et prendra soin des jeunes, mais la plupart du temps, la dimension ludique du scoutisme, les petits et grands jeux, disparaissent dans une troupe raider. On s’y passionne, mais y rit-on ?
Ensuite, l’investissement matériel et humain est coûteux. Il faut des trésors de débrouillardise et de sacrifice personnel pour trouver un dojo, des motos, une tour à parachute. On peut le faire — je citerai la troupe mulhousienne de Michel Kieffer, tout ouvrière, et raider —, mais à condition d’un effort constant. Et parfois épuisant. Michel Menu souhaitait un style à la fois précis, impeccable et détendu : la détente a souvent manqué...
Enfin, l’articulation entre les raiders et la Route n’a guère été trouvée. Il faudrait ici parler de la Route des années 1950 et 1960 : ce serait un vaste sujet. Mais il suffira de constater que, sauf de brillantes exceptions, les C. P. raiders ont eu du mal à s’intégrer à la Route, parce que la Route les a déçus.
À cet ensemble d’objections, il n’y a pas eu de véritable réponse. Quelques aménagements de la progression jugée parfois trop rude, mais qui ne changent rien aux dispositions fondamentales. Et quand survient la réforme de 1964, elle simplifie radicalement le débat : pour motiver les aînés, il faut couper la troupe en deux. Ce sont les pionniers et les rangers. Me demander si cette solution est la bonne ou la seule m’entraînerait trop loin. Mais nous arrivons à ma véritable question : comment motiver les aînés aujourd’hui ? Ce sera pour la prochaine fois…







