Que faire des aînés des troupes ? (deuxième partie)

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Les raiders, élaborés à partir de 1947 et officialisés en 1949, sont donc une tentative de motiver les aînés des troupes par une reconnaissance « pour de vrai » moins ambiguë que la chevalerie ludique mais improvisée et semi-secrète des années précédentes, de prévenir par là l'évaporation des aînés qui, au sortir de la guerre, risquaient de trouver fade le scoutisme, enfin de relever le niveau technique et spirituel général.

L’investiture raider couronne une progression humaine et technique exigeante. Les travers qu’on a énoncés dans les tentatives précédentes sont soigneusement éliminés : ni secret ni particularisme, pas de désunion de la troupe car c’est la troupe tout entière qui progresse et qui est investie collectivement en plus de l’investiture personnelle des scouts raiders, une certaine dureté — motocyclette, parachutisme ne sont pas des activités faciles — mais entièrement encadrée et tournée vers un but, le service, ou plutôt l’aptitude à servir. Mais Michel Menu retient des expériences de Gérin, qu’il a connu, plusieurs éléments-clés : l’importance de l’esthétique (salut spécial, insigne superbe, uniforme renouvelé dont le port doit être impeccable, le tout servi par les clichés des revues et les illustrations de Joubert), l’idée de l’appartenance à un corps d’élite, corps qui est double, celui des individus raiders (béret vert, ailes, numéro personnel, intégration du raider dans la C. D. H.) et celui des troupes raiders (rallyes raiders nationaux, numéro de la troupe).

La volonté de faire vieillir les maîtrises, souvent beaucoup trop jeunes jusqu’en 1949, est cohérente avec le principe que la reconnaissance raider est « pour de vrai » : remise par un chef adulte, trentenaire, elle est autrement plus forte que par un chef de dix-huit ans.

Les raiders ont été un succès, bien que Menu lui-même l’ait souhaité plus large. Un peu plus de quatre cents troupes raiders de 1949 à 1963 et un peu plus de cinq mille raiders (je dis bien plus de cinq mille ; quand la F. S. E. a recommencé une numérotation à 5 000 dans les années 1990, son estimation était un peu basse) reste un nombre impressionnant, sur les deux mille troupes qui existaient pendant cette période. Certaines villes, dont Paris, ont été fortement marquées. La totémisation et les ordres de chevalerie, parallèlement, ont reculé. Beaucoup de troupes, même sans parvenir à l’investiture tant désirée, ont tiré grand profit de leur progression, ont gardé leurs aînés et maintenu des effectifs élevés. Cinquante ans après, le mot de « raiders » conserve une la capacité de « faire rêver » dont je parlais dans le premier article, même chez les S. U. F. qui ne les ont jamais rétablis officiellement.

Alors ? Était-ce la solution définitive et si oui, pourquoi n’a-t-elle pas été continuée ? Suite au prochain épisode !

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