Que faire des aînés des troupes ? (première partie)
Mise à jour le Jeudi, 14 Janvier 2010 16:53 Écrit par Fr Yves Combeau o.p. Jeudi, 14 Janvier 2010 16:42
D’abord, bonne et sainte année à tous.
La petite réflexion de cette semaine ne concernera que les unitaires, c’est-à-dire les mouvements qui ont pour unité médiane une troupe allant de douze à dix-sept ans, soit pour les catholiques, au premier chef, les S. U. F. et l’A. G. S. E.
La pédagogie unitaire présente des avantages et des défauts. Énumérer les avantages prendrait un certain temps ; aussi vais-je me contenter d’un défaut : il est difficile de motiver les plus grands, seize et dix-sept ans.
Certes, ils sont normalement seconds et C. P., ils ont des responsabilités et de l’autonomie. Mais tous les chefs savent qu’il devient difficile de les faire jouer. Jouer le jeu scout avec ses côtés indéniablement gamins, les maintenir en uniforme, les passionner pour une chasse au trésor ou une prise de château fort, enfin les faire rêver. Par « faire rêver », j’entends stimuler, par un cocktail d’imaginaire et de promotion de soi, de défi technique et de découverte, la motivation de garçons qui sont le plus clair du temps des lycéens abonnés aux soirées et à la console, qui fument parfois ou beaucoup (chers parents, ne vous aveuglez plus : tant que ce n’est que du tabac…), qui jouent les désabusés, qui ont déjà la tête à leurs études, à leur prépa, à leurs amours éventuelles, enfin qui ont passé l’âge de la bataille au foulard. L’univers mental du gars au bahut n’a plus rien à voir avec la troupe. Quand il revêt son uniforme, contrairement au novice, il a l’impression de se déguiser. Et l’on ne fait pas de bon scoutisme avec des aînés qui se sentent à côté du jeu, quelque soit leur bonne volonté.
Cette question est très ancienne. Les années 1930 (pas avant et pas partout, car en 1939 encore beaucoup de troupes s’arrêtaient à quinze ans). Elle a connu beaucoup de réponses.
D’abord, de 1935 à 1947 environ, un jeu plus dur, plus physique, plus long, le « beau jeu » de Pierre-Louis Gérin et du « Signe de piste » version Foncine. Efficace mais jusqu’à un certain point, car un gars de dix-sept ans qui se bat « pour de vrai » peut devenir très violent. Des dérives ont été constatées et sanctionnées autour de 1945-1947 : pour retrouver dans le scoutisme la force poignante qui égalerait les impressions et les sentiments vécus pendant la guerre — pour ne pas trouver le scoutisme fade —, certains jeux allaient très et trop loin. J’ai retrouvé récemment un article de Jean Raspail qui remonte à l’époque où il était chef de la 36e Paris, Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Il n’hésitait pas à encourager les C. T. à aller jusqu’à un scoutisme « sauvage » pour ne pas perdre leurs aînés. L’article a fait débat et Raspail n’est pas un homme de nuances… Mais le problème était bien posé par sa pratique de chef.
Ensuite, à la même époque, des tentatives d’ancrer les récompenses reçues dans le scoutisme dans une vérité plus âpre et plus durable. Une première classe, sommet de la progression, n’est pas « valable » hors de la troupe et devient caduque dès que le garçon quitte la troupe. C’est un grand honneur, motivant quand on y aspire, mais après qu’on l’a reçue ? D’où l’idée d’ajouter une reconnaissance plus durable : la chevalerie, reçue pour la vie entière, qui fait entrer le garçon dans un corps — il n’y a pas de corps des premières classes, la première classe ne fait pas entrer dans une catégorie à part, sinon à la C. D. H. — et qui se prolonge au-delà de la troupe. La chevalerie est plus forte, plus évocatrice qu’un bout de tissu, fût-il rouge, qui ressemble trop pour certains garçons à un diplôme scolaire. Le chevalier est chevalier « pour de vrai ». Et par conséquent, la floraison d’ordres de chevalerie parallèles, dont le Foulard de sang n’est que le plus connu. Les défauts de cette solution sont cependant innombrables. Un ordre de chevalerie parallèle risque de dévaloriser le lien établi par la Promesse ; il concurrence la progression des classes ; n’étant pas officiel, il risque de devenir clandestin ; enfin il démantibule la troupe par l’existence d’un corps d’élite restreint en son sein.
C’est alors que Michel Menu et son équipe ont inventés les raiders… Mais ce sera pour le prochain article !







