La crise des Guides et Scouts d’Europe : le prévisible et l’étrange (première partie)

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L’actualité du petit monde scout vit, depuis 2007, c’est-à-dire juste après les célébrations du centenaire du scoutisme, au rythme de la petite guerre interne qui secoue l’A. G. S. E. Je l’avoue, je ne l’avais pas vu venir. Cette crise m’a intéressé, amusé — il faut savoir s’amuser —, inquiété, finalement intrigué.

Elle ne m’a pas intrigué en tant que crise : ce n’est pas la première de l’A. G. S. E. Ni par ses motifs ; ils font partie de l’histoire de ce mouvement. Elle m’a intrigué par son développement. Je vais essayer de dire ici ce qui était prévisible et ce qui ne l’était pas.

Était prévisible un conflit sur la liturgie. On se souvient que c’est d’une meute traditionaliste « saint Pie V » de Toulon qu’est né le conflit : l’attitude polémique de l’abbé Loiseau (être dans son droit n’autorise pas forcément la campagne de presse…), la réponse inappropriée de Jean-Michel Permingeat, les gaffes du cardinal Castrillon Hoyos et de ses assistants (appelons un chat un chat et une gaffe une gaffe), tout cela ne pouvait que réveiller un conflit fort ancien à l’A. G. S. E., 1975, et qui pourrait se résumer ainsi : l’A. G. S. E. est un mouvement qui n’a jamais eu de direction traditionaliste, dont les textes à ce sujet ont toujours été, même avant la réforme liturgique de 1969, parfaitement clairs, mais qui a toujours connu des chefs et des unités traditionalistes. D’où des campagnes de mise au pas et de renvois, en 1975-1977, en 1989-1991, autour de 2000. Mais pourquoi le traditionalisme refleurit-il aussi obstinément ? Eh bien ! Parce que dans ce mouvement, l’ancienneté crée une sorte de droit, de légitimité, et que l’A. G. S. E., dans ses première années, a vu certaines de ses unités devenir traditionalistes sans que la direction du mouvement l’ait voulu. Le fait aurait ainsi plus ou moins créé le droit. C’est ainsi que le « fief » traditionaliste du Chesnay, antérieur à 1970, a toujours été toléré, comme d’autres fiefs… D’où un sentiment, de la part de certains traditionalistes, que l’A. G. S. E. est leur maison naturelle, qu’ils ont droit d’y venir ou d’y revenir, quoi que dise la hiérarchie. Et le sentiment de la part de certains cadres qu’en effet, la porte peut se rouvrir. Jacques Mougenot n’a-t-il pas renoncé à exclure ; Paris n’a-t-il pas vu, par deux fois, la réintégration d’unités exclues quelques mois plus tôt et tout aussi latinisantes que devant ?

À ce problème proprement liturgique qui, numériquement, a toujours été assez marginal (quoique visible) s’ajoute un autre problème : l’A. G. S. E. a tenu jusqu’aux années 1990 des positions idéologiques qui sont souvent communes avec celles des traditionalistes. Il ne s’agit pas ici de liturgie, mais de vision de la famille, de la société, de l’Église, du destin de l’Europe, bref de toutes sortes de sujets. Elle en est parfaitement libre : un mouvement catholique a sur la société les opinions qu’il veut, du moment qu’elles ne sont pas contraires à l’Évangile. Mais il en résulte une inévitable confusion chez les jeunes chefs.

En réalité, l’A. G. S. E. de Jean-Michel Permingeat se trouvait depuis le début des années 1990 dans une situation difficile : très désireuse d’obtenir la reconnaissance ecclésiale qui lui a si longtemps et si injustement été refusée, elle ne désire pas laisser place à des traditionalistes qui, par leur discours souvent revendicatif de minorité, ranimeraient les soupçons de traditionalisme général au mouvement dont, justement, l’A. G. S. E. souffre depuis 1970 et même plus tôt. Mais d’un autre côté, les traditionalistes « motu proprio » sont en droit des catholiques comme les autres… Donc, le principe et la politique (l’inévitable politique) s’affrontent.

Il suffit d’ajouter que l’A. G. S. E., contrairement aux S. U. F., est un mouvement de mémoire longue, où certains cadres sont en place depuis les années 1970, où par conséquent les vieilles querelles restent dans les têtes. Le site www.paixliturgique.com qui, comme son nom de l’indique pas, a plutôt engendré la guerre, n’est-il pas dirigé par d’anciens chefs traditionalistes de Paris dont le groupe a été exclu de l’A. G. S. E. dès 1975 ? L’affaire de Toulon a mis le feu à la mèche…

Mais la mèche n’était pas le baril : d’autres clivages allaient jouer. Lesquels ? Suite au prochain épisode !

 

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