Les comptes fantastiques de MM. les commissaires généraux

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« Les comptes fantastiques de M. Haussmann », c’est le titre d’un pamphlet contre le célèbre préfet de Paris qui avait, semble-t-il, quelque peu amélioré  les comptes de ses immenses travaux. Eh bien ! Des comptes fantastiques, il y a plein les articles sur le scoutisme.

 

Mon livre évite plutôt (par prudence) de s'aventurer dans ce domaine, mais voici un avant-goût de la chose. On peut en rire ; c’est même le mieux qu’il y ait à faire.

 

Commençons par un mouvement disparu (ou presque, car l’association existe encore) : les Guides de France. Mouvement très officiel. Lié à l’épiscopat, lié aux puissances publiques, subventionné, représenté dans toutes les instances. Pendant toutes les années 1980, les personnes qui parlaient des Guides de France  disent qu’elles comptaient 60 000 membres. Tout le monde — je veux dire, tout le monde dans le « milieu » — sait que c’est faux, mais on postule qu’il y a là une exagération par simplification qui signifie en bref que les Guides sont moitiés moins nombreuses que les Scouts de France, lesquels déclarent constamment 120 000.

 

Or au début des années 1990, Marie-Thérèse Chéroutre déclare, non sans courage, que les G. d. F. ne sont que 12 000. Dans le « milieu », c’est un petit choc. 12 000, c’est beaucoup moins nombreux que les Scouts unitaires de France et les Guides et Scouts d’Europe ; c’est dix fois moins que les S. d. F. (qui déclarent toujours 120 000). « Opération vérité », alors ? Sans nul doute, et c’est tout à l’honneur des responsables G. d. F., mais la suite est intrigante.

 

Dans le courant des années 1990, les S. d. F. passent à leur tour à l’opération vérité : ils ne sont plus que 60 000. Fort bien. En 2003, on en est toujours là dans le discours courant, 12 000 d’un côté, 60 000 de l’autre. Les deux mouvements fusionnent. Que croyez-vous qu’il advienne ? 60 000 + 12 000 = 72 000 ? Pas vraiment… En fait, on lit dans la presse 65 000. Mais voici qu’en 2008, le président des désormais Scouts et Guides de France déclare, tout en annonçant une croissance (qui est avérée) un effectif de 46 000. Nombre que je crois exact. N’est-ce pas celui du plus officiel des représentants des S. G. d. F. ? Mais alors, où est passée la vingtaine de milliers de jeunes qui manque ? Ma foi, je ne sais, mais comme La Croix, en 2009, à deux semaines d’intervalle, a publié deux interviews de responsables nationaux qui donnent l’une 46 000 et l’autre 60 000, je ne désespère pas de les retrouver, en recomptant bien…

 

Les autres mouvements font-ils mieux ? Nullement. Les G. S. E. déclarent 30 000 depuis trois décennies, quelquefois, plus récemment, 28 000. Mais étaient-ils réellement 30 000 en 1980 ? C’est fort douteux, bien que la croissance des années 1970 ait été très rapide. Même les S. U. F. ont quelque peu gonflés leurs chiffres au lendemain de la crise de 1998, qui a été dure à tous les mouvements. Passer (largement) en-dessous de 18 000, ce n’était pas bon pour le moral !

 

Le moral, voilà le secret. Un nombre fictif est un outil de propagande qui s’adresse autant à l’extérieur d’un mouvement qu’à l’intérieur de lui. Surtout à l’intérieur. Car à l’extérieur, qui persuade-t-il ?

J’ajoute que toutes les associations mentent sur leurs effectifs, du club de pétanque de Roquefort-sur-Garonne (Haute-Garonne) aux Cœurs vaillants Âmes vaillantes qui, dans les années 1940, déclaraient un fabuleux 200 000 adhérents qu’ils obtenaient sans doute en allant racler dans le dernier des patronages et le plus ignoré des catéchismes… L’ennui est qu’une association catholique entend promouvoir la vérité. La vérité : une nécessité douloureuse.

 

Si douloureuse que ce petit article, je le sais, va faire hurler. Les S. U. F. vont dire : « Nous, en-dessous de 18 000 ? Jamais ! » Les G. S. E. : « Mais tout le monde sait que nous sommes 30 000 ! » et les S. G. d. F. vont avoir le vertige. Allons, soyons modestes. Commençons par compter combien nous sommes dans nos villes respectives, dans nos groupes respectifs — et je parle de ceux qui sont effectivement membres de l’association, pendant une année, et pas des parents, des amis, des anciens et de ceux qui ne font qu’un camp « découverte » ou « ouverture » — et procédons à quelques multiplications. Nous n’arriverons même pas aux hypothèses basses de nos centres nationaux respectifs. Et cela ne signifie pas que le scoutisme va mal en France. Il va plutôt bien. Cela signifie que même à l’âge d’or, même en 1930, 1940, 1950, la passion et la vérité n’ont jamais su s’accorder.

 

Commentaires 

 
0 #1 Bargibant 2009-12-13 11:23 Concernant les variations des effectifs Scouts et Guides de France pour la même année (46 000 et 60 000 en 2009), il s'agit d'une part du nombre de jeunes dans les unités, et d'autre part, du nombre d'adhérents du mouvement, qui comporte les chefs, cheftaines, animateurs territoriaux, membres amis, etc… Citer
 

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